" Un paysage est par définition la vue qu'offre ou présente un pays, non pas sa détermination politique ou géopolitique, mais en un sens plus ancien, plus archaïque : celui d'une fraction délimitée de territoire, en elle-même à son tour divisée et partagée - en propriétés et terres, parcelles, aires, etc. (pagus, en latin, c'est la borne fichée en terre) -, et formant un otut qui rassemble le plus souvent autour d'un hameau, d'un village ou d'une bourgade et se clôt ainsi sur son unité locale. L'extension du pays est variable (…) Mais il est toujours homogène, il a son identité propre (…) C'est qu'un pays est essentiellement habitable, et habité ; habituel aussi, familier : c'est le " chez soi " (…) on est " du pays ", l'aurait-on même quitté, on y appartient. (…)
Ce pays, ces paysages donc, étaient et sont encore malgré tout ceux d'une nature " cultivée " : travaillée et façonnée, domestiquée, édifiée (…) Pays et paysages, au fond, datent de l'âge néolithique (… Ils) rassemblent en somme cette immense histoire, ils en condensent la mémoire.
(…)
Jusqu'à présent donc, Thibaut Cuisset photographiait des paysages (…) Avec la double série ici présentée (Islande 2000, Namibie 2004), en revanche (…) le dépaysement est en apparence entier, sans reste. On pourrait presque dire, quitte à forcer la langue (mais ce serait plus juste) : le dépaysagement.
Philippe Lacoue-Labarthe, texte du Dehors Absolu, éditions Filigranes, 2005
(texte complet sur le site de la Galerie des Filles du Calvaire)

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