mercredi 16 mai 2007

Leipzig weit weg

Retour par temps d'un sale hiver qui n'a que trop trainé ses guêtres dans la ville fantôme.

En août je croyait à une ville à 20% vide mais où un autre modèle de développement pourrait se faire, parce que Rifkin avait sûrement raison, et tant pis si le monde devient dual. Tant que dure l'Etat providence pour permettre à ses membres invalides de ne pas être amputés, alors...
Taïga était une belle femme un peu triste, la Spinnerei était un phalanstère et Peter voyait des temples cubisto-gréco-romain...








L'ambiance et la météo changent-elles si radicalement les opinions que l'on se forge sur une ville? tout se fige et plus encore les bâtiments, on ne voit plus que les ruines, les façades cloquées, comme une vieille balafre qui retient le regard pour ne plus voir l'harmonie du visage.
Tous ces travaux m'apparaissent comme un cache misère, un trompe l'oeil qui n'abuse plus, les travaux sont une injonction:

Chers investisseurs qui préférez la Pologne à notre ville, voyez comme nous n'avons pas peur de l'avenir, là nous vous promettons un énième centre commercial (pour quels consommateurs?), ici des immeubles de bureaux avec toujours plus de vitres (HQE bien sûr, mais combien de bureaux sont vides? on invente même la collocation de bureaux)...


Les travaux saignent la ville, il manque un souffle, une vigueur, on voudrait bien y croire, mais...
Prenons la démolition de l'Université dans le centre: architecturalement, splendide reliquat de la période communiste, mais on n'a que faire de ces reliquats devenus verrues au pied des tours modernes. Ouste, du balai, cette technique de déconstruction, a priori moins violente que l'explosion du bâtiment en question (on a fait le même choix pour le PRU de Clichy, par opposition à ce qui s'est fait à Mantes?) me rappelle plutôt les vers de Baudelaire, "une charogne". Ce que l'on voit sur l'Universitaetstrasse c'est une Bausubstanz qui n'en finit plus de vomir ses intestins par toutes les ouvertures qu'on lui perce. Finit le centralisme descendant par les escaliers majestueusement marxistes, ce sont aujourd'hui des tiroirs saccagés, fracturés, branlants.


Le panneau de présentation des travaux ne ment pas: Leipzig n'a plus le sous pour ces projets pharaoniques, le Land paie donc, Dresden s'en arrange. Quand à une différence administrative s'ajoute une querelle de zonage européen et de gros sous à la clef...
Le directeur du renouvellement urbain à la mairie de Leipzig n'avait pas tout à fait tort: Leipzig a bénéficié de crédits faramineux pour faire sa transition, sa reconstruction (entendez pour balayer tous ces relents de communisme visibles dans l'urbanisme, mais rassurez-vous les fonctionnaires ont connu une soigneuse épuration et il ne reste parmi la population que les plus choqués, les plus inadaptés pour le nouveau règne, ceux-là finiront bien un jour par mourir, sinon on leur coupe déjà les crédits de l'Etat providence grâce à Hartz IV).

Malgré notre sourire post-moderne en coin, nous devenons, nous Européens, de gentils conservateurs de musée. Que Jean Nouvel dessine celui d'Abbu D'Abhi.


Les autres photos de Lepizig

mardi 15 mai 2007